Et pour Ernest Mwebaze (développeur ougandais), l’an dernier, a comparé plusieurs outils d’IA américains et chinois pour développer un système capable de comprendre les nombreuses langues parlées en Ouganda (41 langues parlées).
Interrogé dans les colonnes du New York Times, il explique que c’est finalement le modèle d’Alibaba qui s’est montré le plus performant, mais aussi le moins coûteux et le plus facile à personnaliser avec des données locales, devant les solutions de Meta et Google.
Son système, baptisé “Sunflower”, est désormais utilisé dans tout le pays. Il permet notamment aux agriculteurs d’obtenir des informations météo et des conseils agricoles directement dans leurs dialectes locaux, illustrant l’attrait croissant des technologies chinoises en Afrique. Ernest Mwebaze fait aujourd’hui partie des nombreux développeurs africains qui, au cours de l’année écoulée, se sont tournés vers les modèles d’IA chinois.
Au Kenya, certains les utilisent pour optimiser des services juridiques et commerciaux, au Nigeria, pour développer des outils éducatifs, au Ghana, pour créer des chatbots adaptés aux usages locaux. Des partenariats émergent également en Algérie. Alors, comment expliquer cet essor des IA chinoises sur le continent africain ?
Pour entraîner un modèle d’IA, il faut disposer d’une grande quantité de données. Pour l’anglais ou le français, celles-ci sont abondantes : livres, dictionnaires, textes scientifiques ou contenus publiés en ligne. Pour de nombreuses langues africaines, les ressources écrites et numériques sont en revanche beaucoup plus limitées.
Mais le prix et l’adaptabilité linguistique ne suffisent pas à expliquer l’essor des IA chinoises en Afrique. Leur implantation s’inscrit aussi dans une stratégie plus large et réfléchie de Pékin, qui cherche depuis plusieurs années à développer son propre écosystème d’intelligence artificielle tout en exportant ses technologies vers les pays du Sud. Cette ambition remonte notamment au plan chinois de développement de l’IA de nouvelle génération, lancé en 2017, qui fixe à Pékin l’objectif de devenir un leader mondial du secteur à l’horizon 2030.
La République populaire peut également compter sur une stratégie moins structurée de la part de ses principaux adversaires, à commencer par les États-Unis. Selon une étude de l’Université de Georgetown, Washington a jusqu’ici concentré l’essentiel de ses efforts sur le développement de son propre écosystème d’IA, tandis que sa stratégie visant à exporter ces technologies vers les pays du Sud reste plus limitée.
la Chine s’appuie sur une stratégie d’exportation technologique directement intégrée à sa politique étrangère, notamment à travers les Nouvelles routes de la soie et leur volet numérique, la “Digital Silk Road”. Au nom de la “coopération Sud-Sud”, Pékin propose aux pays africains des investissements et des infrastructures allant de la 5G aux systèmes de paiement, en passant par les technologies de surveillance. En mars 2025, 52 pays africains ainsi que l’Union africaine avaient signé des accords avec la Chine, représentant plus de 100 milliards de dollars de contrats d’ingénierie chinois sur une décennie.
Cette présence repose également sur des initiatives soutenues par l’État, comme le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), mais aussi sur l’action des universités et des entreprises chinoises. Là où Washington laisse davantage les acteurs privés porter son offre technologique à l’étranger, Pékin combine investissements publics, infrastructures et stratégie diplomatique.
Lancé en 2020 sous le nom d’AI4D Africa, le programme cherche justement à renforcer les capacités africaines en matière d’intelligence artificielle, en soutenant des politiques responsables, la recherche et des projets développés sur le continent. Car pour les chercheurs, la souveraineté de l’IA ne se résume pas à savoir qui fournit les modèles, mais aussi à déterminer qui contrôle les données, les infrastructures et les usages de ces technologies.

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