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Friday, August 21, 2026

MISTRAL: droits d'auteur, collecte espion des données, LLM personnalisé et intelligence artificielle

LLM personnalisé pour le CEA par Mistral *1

Le CEA et Mistral  pour déployer une IA générative souveraine: La plateforme accompagne déjà les collaborateurs du CEA dans de nombreuses tâches : analyses documentaires, synthèses bibliographiques, préparation de dossiers de financement, gestion d'appels d'offres complexes, etc.  Plusieurs de ces cas d'usage sont présentés à l'occasion du salon Vivatech sur le stand du CEA. Avec Maïa, le CEA affirme sa volonté de développer des usages responsables, sécurisés et maîtrisés de l'IA générative. Cette démarche s'inscrit dans la doctrine portée par le CEA : l'IA générative n'a pas vocation à être déployée partout ni à se substituer à l'expertise humaine. Elle doit être mobilisée en assistance, lorsque son apport est pertinent, maîtrisé et sécurisé, au service des métiers et des missions de l'organisme. 

La collecte des données type "espion" *2

Meta AI, l’assistant de la firme de Mark Zuckerberg, qui truste la première place du classement de la collecte, en cochant 33 des 35 catégories de données personnelles recensées par Surfshark, soit la quasi-totalité de ce qu’une application peut récupérer auprès de ses utilisateurs. Suivent Google Gemini (23 catégories) et ChatGPT (17), qui sont assez nettement au-dessus de la moyenne observée chez les assistants étudiés. Mention assez bien pour Claude, Poe et DeepSeek, qui culminent à 13 chacun.

Enfin, Vibe, ex-Le Chat du Français Mistral, fait figure d’exception et obtient nettement la meilleure note de la classe, avec seulement six catégories recensées, soit cinq fois moins que Meta AI et près de trois fois moins que ChatGPT. Dans sa collecte, l’assistant tricolore se limite au nom et à l’e-mail de l’utilisateur, et à quatre types de données anonymisées, dont une seule à visée statistique.

Du côté de Meta AI, la liste est bien plus large hélas avec des éléments de localisation, d’historique de navigation, des informations financières, sur les contacts, l’historique de recherche ou encore des identifiants de l’appareil. Tomas Stamulis, le responsable de la sécurité des systèmes d'information chez Surfshark, explique qu’il vaut mieux, avant d’adopter un assistant IA, « vérifier quelles informations il collecte » et ajuster ses paramètres de confidentialité.

Campus AI, Mistral, BpiFrance,Émirats arabes unis, MGX  *3

Signataires : Ahmed Yahia Al Idrissi, membre du Conseil d'administration de MGX, membre du Comité exécutif du Conseil et Président du Comité d'investissement; Nicolas Dufourcq, Directeur général de Bpifrance ; Arthur Mensch, cofondateur et Directeur général de Mistral
En présence de : Emmanuel Macron, Président de la République française ; Son Excellence Khaldoon Al Mubarak, Président de l'Executive Affairs Authority d'Abou Dabi et Secrétaire général du Conseil pour l'intelligence artificielle et les technologies avancées
Crédit photo : Alexandra Lebon / Présidence de la République

Thibaud Desfossés, Président de Campus AI, a déclaré : « La France a l'énergie, les talents et la base de recherche pour conduire l'Europe en matière d'IA. La question, désormais, est de savoir ce que la France fait de chaque gigawatt qu'elle construit. Faire monter Campus AI vers 3 GW, c'est notre réponse : une plateforme ouverte, bâtie avec nos partenaires industriels et territoriaux français, qui fait monter les fournisseurs français dans la chaîne de valeur et donne aux champions français de l'IA l'échelle qu'ils ne pourraient atteindre autrement. C'est le partenariat que la France et les Émirats arabes unis ont voulu construire, et le critère que nous nous imposons est simple : chaque gigawatt doit faire fructifier la valeur en France, et non simplement la traverser. »

Campus AI se consacre à la conception, au financement et à la livraison d'infrastructures numériques à grande échelle destinées à soutenir le développement de l'intelligence artificielle en France et en Europe. Son actionnariat réunit quatre acteurs majeurs de l'écosystème technologique et industriel : MGX, société mondiale d'investissement dans l'IA et les technologies avancées ; Bpifrance, la banque publique d'investissement française ; Mistral AI, pionnier français de l'IA générative ; et NVIDIA, leader mondial du calcul accéléré. Annoncé lors du Sommet Choose France en mai 2025, Campus AI dotera la France et l'Europe d'infrastructures de calcul de nouvelle génération répondant aux standards les plus exigeants de performance et d'efficacité énergétique. Conçus comme des campus ouverts, Campus AI vise à faire monter l'industrie française et européenne dans la chaîne de valeur et à donner aux champions français de l'IA un accès à une échelle qu'ils ne pourraient atteindre autrement, 

L'éditeur français Nouveau Monde Editions demande à Mistral AI de l’indemniser pour avoir exploité plus de 200 ouvrages sans autorisation. *4

Yannick Dehée, historien et fondateur de Nouveau Monde Editions, est le premier « à demander à Mistral AI d’indemniser les auteurs et les éditeurs français qu’elle a piratés ». Il assure au Monde que le champion français de l’intelligence artificielle (IA) a utilisé, pour entraîner son modèle d’IA générative, « plus de 200 titres de son catalogue », soit plus d’un cinquième de son fond, sans jamais lui reverser un centime.

Selon une enquête de Mediapart du 22 décembre 2025, le directeur scientifique de Mistral AI, Guillaume Lample – qui officiait auparavant chez Meta –, avait plaidé pour que Meta entraîne son IA générative, LLaMA, en « s’appuyant sur des millions de livres collectés par Library Genesis (LibGen), un site Internet pirate ». Ce qui aurait, selon Mediapart, permis « le piratage de plusieurs dizaines de téraoctets (un téraoctet équivaut à 1 000 gigaoctets) de données ».

C’est pourtant outre-Atlantique que Nouveau Monde Editions – l’une des maisons d’édition lésées par Anthropic aux Etats-Unis – va obtenir gain de cause. Au moins cinq ouvrages de la maison française traduits en anglais ont été utilisés illégalement pour entraîner l’IA générative Claude d’Anthropic. Celui-ci a accepté, en septembre 2025, dans un accord à l’amiable, de verser au moins 1,5 milliard de dollars (1,26 milliard d’euros) à un fonds d’indemnisation d’auteurs, ayants droit et éditeurs qui poursuivaient l’entreprise pour avoir téléchargé illégalement.

Références


Friday, July 24, 2026

Mistral AI: avantages et risques / angles morts



 Avantages compétitifs

  • Ancrage européen et conformité native RGPD / AI Act
  • Stratégie open weights qui capture la communauté développeur
  • Modèles performants à coût d'inférence compétitif (Mixtral, Mistral Small)
  • Talent de recherche de premier plan (co-auteurs de LLaMA, Chinchilla)
  • Distribution multi-cloud évitant la dépendance à un hyperscaler
  • Soutien politique et institutionnel en France et à l'échelle UE

Risques & angles morts

  • Course capitalistique inégale face à OpenAI, Anthropic et Google (dizaines de milliards levés)
  • Coûts d'entraînement en croissance exponentielle et burn rate élevé 
  • Cadre réglementaire européen mouvant (AI Act) et risques de contentieux sur données d'entraînement
  • Dépendance à Nvidia pour les GPU haut de gamme
  • Cannibalisation potentielle entre modèles open weights et offre commerciale
  • Concurrence des acteurs open source (Meta LLaMA, DeepSeek, Qwen) qui compressent les prix API
  • Rétention des talents dans un marché de recrutement ultra-tendu

Référence

Thursday, July 9, 2026

Mistral se lance à l’IA physique (apprentissage déplacement robots): Robostral Navigate

Une vidéo publiée sur Youtube montre en outre un robot alimenté par le modèle en action.
À partir d'instructions, on le voit se déplacer dans un bureau,
éviter des obstacles et accomplir des tâches.

 Le modèle d'IA de Mistral est conçu pour permettre aux robots de se déplacer en totale autonomie dans des environnements complexes comme les bureaux ou les espaces extérieurs.

Le modèle comprend des informations captées via les images d'une caméra intégrée au robot et des instructions en "langage naturel", a-t-elle précisé. "Il suffit de donner une seule instruction à Robostral Navigate pour qu'il réalise l'intégralité de la tâche de manière autonome, se déplaçant dans un environnement dynamique peuplé de personnes et d'obstacles qu'il n'avait jamais rencontrés auparavant, tout en étant capable de s'adapter à n'importe quel environnement".

Robostral Navigate permet à une machine de réaliser ces mouvements et actions en prédisant la prochaine destination de celle-ci. Pour cela, il utilise la technique du "pointage". Autrement dit, il déduit les coordonnées de l'emplacement cible dans le champ de vision actuel de la caméra du robot et l'orientation souhaitée à l'arrivée.

Le problème avec cette méthode, c'est qu'elle ne permet pas de gérer les cas où l'emplacement cible est en dehors du champ de vision actuel. Le modèle de Mistral a alors recours à des déplacements définis dans le repère local de coordonnées du robot, comme "avancer de 2 mètres, se déplacer de 1,5 mètre vers la gauche et tourner de 25 degrés vers la gauche".

L'entreprise assure que Robostral Navigate peut fonctionner avec des robots munis de roues, de pattes ou volants, quelle que soit leur taille.

Référence

https://www.bfmtv.com/tech/intelligence-artificielle/mistral-se-lance-a-l-assaut-de-l-ia-physique-avec-un-premier-modele-capable-d-aider-des-robots-roulants-marchants-ou-volants-a-naviguer-dans-des-environnements-complexes_AD-202607080834.html

Saturday, June 27, 2026

Même en mode local, les LLM dont on ne connait pas les données d'entrainement restent dangereux. Cas du modèle Qwen chinois arrête par un ministère.

 

La direction générale du Trésor a arrêté le 23 juin 2026 l’expérimentation du modèle Qwen d’Alibaba, déployé depuis début juin auprès d’une centaine d’agents, après que plusieurs utilisateurs ont signalé des réponses jugées orientées sur des sujets liés à la Chine. Un modèle de Mistral AI l’a remplacé le lendemain.

L’outil s’appelait HéphAIstos. Depuis le début du mois de juin, près d’une centaine des 1 300 agents de la direction générale du Trésor le testaient au quotidien : un agent conversationnel pour assister les hauts fonctionnaires dans leurs tâches, y compris sur des données confidentielles, et une application interne de transcription multilingue. Sous le capot, le modèle Qwen, développé par le géant chinois du commerce en ligne Alibaba.

Bercy a indiqué que HéphAIstos fonctionnait en mode déconnecté, sans accès à Internet ni porte dérobée identifiée. Aucune transmission de données vers l’extérieur n’a donc été détectée pendant les trois semaines de test. Mais la déconnexion réseau ne suffit pas à effacer les biais intégrés lors de l’entraînement du modèle.

Plusieurs tests indépendants conduits par des médias techniques ont par ailleurs établi que Qwen qualifie Taïwan d’« élément inaliénable de la Chine » et déclenche une erreur de sécurité lorsque des utilisateurs l’interrogent sur les événements de la place Tiananmen du 3 juin 1989.

Les travaux menés par l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) sur les modèles chinois avaient déjà évoqué ce phénomène en décembre dernier : Qwen y affichait les divergences de réponse les plus prononcées entre les versions chinoise et anglaise du modèle, en particulier sur des sujets liés au génocide ouïghour ou à l’indépendance du Tibet.

https://www.briefia.fr/article/bercy-interrompt-le-test-de-l-ia-qwen-d-alibaba-pour-biais-pro-chine

Thursday, June 25, 2026

Intérêt de Studio de Mistral. Mi juin 2026 Mistral et l'arrivée de Brian Hall comme CMO de Mistral (directeur marketing). Pourquoi? Pas le course à la création du modèle le plus gigantesque et le plus polyvalent?

 

Biran Hall, un cadre de longue date chez Microsoft a dirigé le marketing produit chez Google Cloud.

Sur linkedin: https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7472694983636971520/

Hello from Paris! I have personal news to share, that I am now CMO of Mistral. I think this could be the most interesting marketing job in the world. 

The next five years will be the most interesting ever in tech. We’ve seen AI become more mainstream and clearly impact how we code, compute, and organize. There’s tons more to come for roles, industries, sciences, and education. 

So I now get to be somewhere that’s 

- at the bleeding (learning) edge of AI tech, 

- taking a different approach from the other major players (OpenAI, Anthropic, Google, Meta, Microsoft, Amazon, Chinese open source et al) by prioritizing AI for mission critical environments that need the confidence and self-control to bet for the long term (with open weights and real sovereign capabilities), 

- and do it while taking a part-time adventure in Paris while learning from the non-US-first perspective.  ooh la la!

I particularly love that the open weights philosophy and approach lets me learn and discover with the research, science, and developer communities.

I do have to thank Anthropic and the US government for laying out why Mistral is in such an interesting position too! You can see a little bit about how Mistral is approaching this for customers differently here on twitter/X: https://lnkd.in/g-3zZnuV

Thanks to everyone who has given me great ideas and opportunities as I’ve figured out what was next. Thanks to Arthur Mensch, Guillaume Lample, Timothee Lacroix, and the team at Mistral for the opportunity. I am very excited about this one! (well, other than learning how to use a mac for the first time since college, but we’ll see if I have more info on that one later. For now I have my personal Surface as wingman.)

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Son arrivée a suscité de la curiosité, car Mistral ne domine pas les discussions des développeurs aux États-Unis et ne dispose pas des mêmes budgets informatiques apparemment illimités qu’Anthropic ou OpenAI. Si le marché de l’IA n’était qu’une course à la création du modèle le plus gigantesque et le plus polyvalent, Mistral ne serait pas l’entreprise sur laquelle parier. 

La question la plus intéressante est de savoir quand le marché de l’IA d’entreprise reviendra à la normale et exigera que l’IA offre la même sécurité, la même prévisibilité et le même contrôle que ceux auxquels nous sommes habitués avec d’autres investissements informatiques. C’est là que Mistral a un véritable atout. Comme le note Brian Hall, l’approche de Mistral consiste à « donner la priorité à l’IA pour les environnements critiques qui ont besoin de la confiance et de l’autonomie nécessaires pour s’engager sur le long terme (avec des modèles ouverts et de véritables capacités souveraines) ». 

Mistral présente Studio pour la création et l’exécution d’applications d’IA, Forge pour l’entraînement et l’alignement de modèles personnalisés, Vibe pour le travail agentique, Vibe for Code pour les workflows de codage, et Compute pour l’infrastructure d’entraînement et d’inférence. L’entreprise évoque l’observabilité, les évaluations, les garde-fous, la portabilité des déploiements et l’exécution de l’IA en production « de l'edge au cloud ». En d’autres termes, elle ressemble moins à une entreprise spécialisée dans les chatbots qu’à une entreprise d’infrastructure. 

Ce positionnement devient plus clair lorsque l'on examine de plus près les noms des produits. Mistral AI Studio comprend un registre IA qui sert de système d’enregistrement pour les agents, les modèles, les ensembles de données, les évaluateurs, les outils et les workflows. Il assure le suivi de la traçabilité, de la propriété et des versions. Il applique des contrôles d’accès et des étapes de validation avant le déploiement.

 Il s’agit là d’une infrastructure de gouvernance « ennuyeuse » (et « ennuyeuse » est un terme positif dans l’informatique d’entreprise, comme je l’ai déjà écrit). 

Forge est peut-être encore plus important. Mistral le décrit comme un moyen pour les entreprises d’entraîner des modèles de pointe sur leurs propres données propriétaires. Plutôt que de s’entraîner sur des informations protégées par des droits d’auteur appartenant à des tiers et éparpillées sur le Web ou sur une montagne de publications Reddit, Forge va bien au-delà de la génération augmentée par la recherche (RAG) : il ne se contente pas de « lire » des documents, informations, etc. propriétaires, mais offre en quelque sorte à l’entreprise son propre OpenAI privé. 

Référence

https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-l-architecture-it-maillon-faible-du-deploiement-d-agents-ia-100534.html

Saturday, January 17, 2026

Après les moteur de recherche par indexation en 1993, l’apprentissage profond 2012, puis les chatbots ChatGPT Gemini, 2022, la troisième AI intègre le monde réel. Des chercheurs suggèrent que Gemini est en train de détrôner tous ses concurrents

 

Pour souhaiter un "Pace e salute" en ce début d'année 2026,
voici un post sur mon vieux blog.

Geoffrey Hinton reçoit avec Yoshua Bengio et Yann Le Cun le prix Turing 2018 pour leurs travaux sur l'apprentissage profond. Ils sont appelés les « pères fondateurs » de l'intelligence artificielle.

Yann Lecun, Yoshua Bengio, Geoffrey Hinton. Deep learning. Nature, 2015, 521 (7553), pp.436-444.
  • Geoffrey Hinton, né le 6 décembre 1947 à Wimbledon (Royaume-Uni), est un chercheur britanno-canadien. Il est co-auteur d'un article publié en 1986, qui a popularisé l'algorithme de rétropropagation pour l'entraînement des réseaux de neurones-perceptrons multicouches: Learning representations by back-propagating errors https://www.nature.com/articles/323533a0
  • Yoshua Bengio, né le 5 mars 1964 à Paris en France, est un chercheur québécois-canadien d'origine franco-marocaine. Il est le seul scientifique vivant à avoir dépassé le million de citations sur Google Scholar. Il rejoint ainsi Michel Foucault, philosophe, historien des idées et militant politique français, cité plus d’un million de fois par ses pairs.
  • Yann Le Cun, né le 8 juillet 1960 à Soisy-sous-Montmorency en France. -Il estime que les LLM (de l'anglais Large Language Model) actuels sont limités car ne « comprenant » pas réellement le monde ; il juge les architectures JEPA plus prometteuses, car capables de construire des représentations internes du monde et de prédire ses évolutions.
On constate combien l'esprit révolutionnaire français est présent dans les fondements et développements de l'AI. 

Un petit clin d'oeil historique

Marseille est l’un des berceaux de l’intelligence artificielle en France avec la création du langage Prolog au début des années 1970. L’objet de cet article est de donner quelques repères historiques et de rendre hommage à Alain Colmerauer ainsi qu’aux membres de son équipe, aux chercheurs et enseignants-chercheurs qui ont contribué au développement de la recherche, de la formation et du transfert technologique en intelligence artificielle à partir de Marseille.

Geoffrey Hinton: Trois ans après avoir été pris au dépourvu par ChatGPT, Gemini est-il en train de gagner ?

Alors que la compétition autour de l’intelligence artificielle générative est souvent racontée comme une succession de coups médiatiques, de démonstrations spectaculaires et d’annonces parfois précipitées, Google avance à un rythme plus feutré. Avec Gemini, son modèle d’IA unifié, le groupe semble aujourd’hui récolter les fruits d’une stratégie plus structurelle que narrative. Sans déclarer officiellement la victoire, Google apparaît de plus en plus comme un acteur central, voire dominant, dans la phase actuelle de la course à l’IA. C'est en tout cas l'avis de certains spécialistes comme Geoffrey Hinton, le « parrain de l'IA ».

Depuis la fin de l’année 2022, la course à l’IA générative a été largement perçue comme un duel entre nouveaux entrants spectaculaires et géants historiques pris de court. L’irruption de OpenAI a imposé un nouveau tempo, rapidement suivi par l’intégration agressive de modèles génératifs dans les produits de Microsoft. Dans ce contexte, Google a souvent été décrit comme hésitant, voire en retard, malgré des années de recherche fondamentale en apprentissage automatique et en réseaux neuronaux.

Pendant une grande partie de l’année 2023, Google a souffert d’une image de poursuivant. L’arrivée rapide de modèles conversationnels très populaires a donné l’impression que le géant de Mountain View avait perdu l’initiative, malgré son rôle historique dans la recherche en apprentissage profond. Cette lecture, largement façonnée par le calendrier médiatique, a progressivement perdu de sa pertinence à mesure que la stratégie de Google s’est clarifiée.

Google a connu quelques lancements de produits difficiles par le passé. En 2024, Google a dû arrêter son générateur d'images IA parce que les gens disaient qu'il créait des images historiquement incorrectes de personnes de couleur et qualifiaient les résultats de « trop politiquement corrects ». Google a rapidement présenté ses excuses pour ce qu’il décrit comme des « inexactitudes dans certaines représentations historiques générées par l’image » avec son outil Gemini, en disant que ses tentatives de créer une « large gamme » de résultats ont manqué la cible. Gemini est un outil d’intelligence artificielle lancé par Google qui peut créer des images en réponse à des requêtes écrites. 

« Nous sommes conscients que Gemini propose des inexactitudes dans certaines représentations de génération d'images historiques », regrette Google dans sa déclaration publiée sur X/Twitter. « Nous travaillons à l'amélioration immédiate de ce type de représentations. La génération d'images par l'IA de Gemini génère un large éventail de personnes. Et c'est généralement une bonne chose, car des gens du monde entier l'utilisent. Mais dans le cas présent, il n'y a pas d'adéquation ». Après avoir mis l'outil en pause, le temps de retravailler dessus, il a été relancé.

Les versions précédentes de son outil de recherche IA donnaient également des conseils étranges, comme dire aux utilisateurs de mettre de la colle sur leur pizza pour empêcher le fromage de glisser.

Auparavant, le PDG de l'entreprise, Sundar Pichai, avait même déclaré que l'entreprise avait attendu pour lancer son chatbot parce qu'il n'était pas prêt. « Nous n'avions pas encore atteint un niveau où nous pouvions le commercialiser et où les gens auraient accepté que Google lance ce produit. Il présentait encore beaucoup de problèmes à l'époque », a déclaré Pichai.

Le lancement et l’évolution de Gemini ont marqué un changement de rythme. Là où les premières réponses de Google semblaient défensives, la firme a progressivement déployé un modèle plus cohérent, mieux intégré et techniquement plus ambitieux. Ce basculement n’a pas été immédiat, mais il s’est opéré de manière continue, presque imperceptible pour le grand public.

Gemini 3, le LLM qui change la donne ?

En novembre 2025, Google a annoncé Gemini 3, un modèle d'intelligence artificielle amélioré, près de huit mois après le lancement de Gemini 2.5. La société a déclaré que sa dernière suite de modèles d'IA exigera des utilisateurs qu'ils fournissent « moins d'indications » pour obtenir les résultats souhaités. Google a également annoncé une nouvelle plateforme d'agents appelée « Google Antigravity », qui permet aux développeurs de coder « à un niveau supérieur, axé sur les tâches ».

À la suite de cette annonce, Geoffrey Hinton, le « parrain de l'IA », a récemment estimé que Google est en train de rattraper OpenAI dans la course à l'intelligence artificielle (IA) [voir ci-dessous].Hinton, professeur émérite à l'université de Toronto et ancien expert de Google Brain, s'est également dit surpris que Google ait mis autant de temps à dépasser ses concurrents. Dans une interview accordée à Business Insider, lorsqu'il a été question de la position de Google par rapport à OpenAI, Hinton a déclaré : « Je pense qu'il est en fait plus surprenant que Google ait mis autant de temps à dépasser OpenAI. Je pense qu'à l'heure actuelle, ils commencent à le dépasser ».

Cette déclaration fait suite au lancement très apprécié de Gemini 3 de Google, une mise à jour qui, selon de nombreux acteurs du monde technologique, a permis à l'entreprise de dépasser le GPT-5 d'OpenAI. Le modèle d'image Nano Banana Pro AI de Google a également connu un grand succès. Ce changement intervient trois ans après que Google aurait déclaré « code rouge » à la suite de la sortie initiale de ChatGPT, des rapports récents suggérant désormais que c'est OpenAI qui pourrait tirer la sonnette d'alarme.

Geoffrey Hinton affirme que Google dispose d'un avantage en matière de puces IA. Outre le lancement réussi de son tout dernier modèle d'IA, le cours de l'action Google a augmenté après que des rapports ont suggéré que l'entreprise pourrait conclure un accord d'un milliard de dollars pour fournir à Meta, la société mère de Facebook, ses propres puces IA. La création de ses propres puces est un « avantage considérable » pour Google, a fait remarquer Hinton. Il a déclaré : « Google dispose de nombreux chercheurs très compétents et, bien sûr, d'une grande quantité de données et de nombreux centres de données. Je pense que Google va gagner. »

Gemini, un modèle pensé comme une plateforme

Avec Gemini, Google n’a pas cherché à empiler un énième modèle conversationnel, mais à concevoir une architecture unifiée capable de traiter nativement texte, image, audio, vidéo et code. Contrairement à des modèles conçus initialement pour le texte puis étendus par couches successives, Gemini a été pensé dès l’origine comme multimodal [il a été entraine en meme temps sur tous les types de données et non sur langage puis img puis video avec ajout de plug-in].

Ce choix technique a des implications concrètes. Il permet une meilleure cohérence entre les différents types de données, une réduction des pertes d’information entre modules et une plus grande efficacité lors de tâches complexes combinant raisonnement, compréhension visuelle et génération de contenu. Dans les benchmarks académiques comme dans de nombreux tests internes, certaines versions de Gemini ont commencé à dépasser ou à égaler leurs concurrents directs sur des tâches de raisonnement avancé.

Une intégration silencieuse mais massive dans l’écosystème Google

L’un des atouts majeurs de Google réside dans son écosystème existant. Gemini n’est pas seulement un produit autonome : il est progressivement injecté dans la recherche, les outils bureautiques, le développement logiciel, la gestion des données et les services cloud. Cette diffusion progressive, souvent peu spectaculaire, contraste avec des lancements plus bruyants mais confère à Google un avantage structurel.

Là où certains acteurs doivent convaincre les utilisateurs d’adopter de nouveaux outils, Google intègre Gemini dans des usages quotidiens déjà installés. Cette approche limite les frictions, permet une collecte de retours à grande échelle et accélère l’itération des modèles dans des conditions réelles.

Des moyens industriels difficiles à égaler

Sur le plan purement industriel, Google dispose d’un avantage rarement mis en avant dans les débats publics : sa maîtrise de l’infrastructure. Entre ses centres de données, ses accélérateurs maison et son expérience dans l’optimisation à grande échelle, le groupe peut entraîner, déployer et ajuster des modèles de très grande taille sans dépendre entièrement de fournisseurs externes.

Cette autonomie réduit les coûts marginaux, sécurise les chaînes d’approvisionnement en calcul et offre une flexibilité stratégique importante à long terme. Dans une course où l’accès à la puissance de calcul devient un facteur déterminant, cet élément pèse lourdement.

Un facteur important pour Gemini 3 était la manière dont il a été entraîné : à l'aide des TPU de Google, une puce hautement spécialisée que l'entreprise développe depuis des années précisément dans ce but. Google est certes sensible à certains problèmes de fabrication et à la hausse des prix de la RAM, comme tout le monde, mais contrairement à la quasi-totalité de ses concurrents, il ne dépend pas de la chaîne d'approvisionnement de Nvidia. Google est en mesure d'optimiser l'ensemble de son système pour le rendre meilleur, plus rapide et moins cher. Personne d'autre ne dispose d'un tel contrôle complet sur son destin en matière d'IA.

Gemini va équiper la prochaine version de Siri, permettant à Apple de transformer son assistant IA

Que faire lorsque l'on dispose de la technologie nécessaire ? La présenter au public et la mettre en œuvre. Lundi, Google et Apple ont annoncé que Gemini équiperait la prochaine génération de Siri, qui sortira plus tard cette année. C'est une grande victoire pour Apple, qui dépenserait 1 milliard de dollars par an dans l'espoir de transformer Siri en un assistant IA réellement utile, pour une fois.

Pour Google, c'est tout aussi important. Le fait qu'Apple affirme qu'il s'agit de « la meilleure technologie disponible » est évidemment un signal fort pour le marché, mais plus encore, Siri devient immédiatement l'un des moyens les plus populaires d'interagir avec Gemini.

[B]Sortie de « Personnal Intelligence..

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Geoffrey Hinton, le « parrain de l'IA », affirme que Google « commence à dépasser » OpenAI.

En novembre 2025, Google a annoncé Gemini 3, un modèle d'intelligence artificielle amélioré, près de huit mois après le lancement de Gemini 2.5. À la suite de cette annonce, Geoffrey Hinton, le « parrain de l'IA », a récemment estimé que Google est en train de rattraper OpenAI dans la course à l'intelligence artificielle (IA). Hinton, professeur émérite à l'université de Toronto et ancien expert de Google Brain, s'est également dit surpris que Google ait mis autant de temps à dépasser ses concurrents. Dans une interview accordée à Business Insider, lorsqu'il a été question de la position de Google par rapport à OpenAI, Hinton a déclaré : « Je pense qu'il est en fait plus surprenant que Google ait mis autant de temps à dépasser OpenAI. Je pense qu'à l'heure actuelle, ils commencent à le dépasser ».

Hinton, qui a contribué au développement des premières recherches en IA lorsqu'il travaillait chez Google Brain, a déclaré que la société de recherche était autrefois leader dans le domaine de l'IA, mais qu'elle avait choisi de se retenir. « Google a longtemps été en tête, n'est-ce pas ? Google a inventé les transformateurs. Google disposait de chatbots performants avant tout le monde », a souligné Hinton.

Cependant, Google s'est montré prudent après l'échec en 2016 du lancement par Microsoft de son chatbot IA « Tay », qui a connu une existence éphémère, la société ayant décidé de le fermer après qu'il ait publié des tweets extrêmement racistes, a expliqué Hinton. « Google, qui jouissait évidemment d'une très bonne réputation, craignait de la voir ternie de cette manière », a ajouté Hinton.

Google a connu quelques lancements de produits difficiles par le passé. L'année dernière, il a dû arrêter son générateur d'images IA parce que les gens disaient qu'il créait des images historiquement incorrectes de personnes de couleur et qualifiaient les résultats de « trop politiquement corrects ». Les versions précédentes de son outil de recherche IA donnaient également des conseils étranges, comme dire aux utilisateurs de mettre de la colle sur leur pizza pour empêcher le fromage de glisser.

Google fait également un don de 10 millions de dollars canadiens pour aider à financer la chaire Hinton en intelligence artificielle à l'université de Toronto, et l'université versera une somme équivalente. Hinton, qui a quitté Google en 2023 en raison de ses inquiétudes concernant les risques liés à l'IA, s'est depuis exprimé publiquement sur les dangers tels que la perte d'emplois et le fait que l'IA pourrait dépasser l'intelligence humaine. En 2024, il a même reçu le prix Nobel de physique.

Dans un communiqué, l'entreprise a déclaré : « Les travaux de Geoff sur les réseaux neuronaux, menés pendant ses années universitaires et sa décennie chez Google, ont jeté les bases de l'IA moderne. Cette chaire rend hommage à son héritage et aidera l'université à recruter des chercheurs visionnaires qui se consacreront au même type de recherche fondamentale motivée par la curiosité que Geoff a défendue. »

Les déclarations de Hinton interviennent alors qu'un rapport a récemment révélé qu'OpenAI aurait besoin de lever au moins 207 milliards de dollars d’ici 2030 pour poursuivre sa trajectoire actuelle, selon des projections de l'équipe américaine de HSBC chargée des logiciels et des services, relayées dans la presse économique. À l’échelle du secteur technologique, ce chiffre frôle l’irréel. Pourtant, il reflète une réalité devenue incontournable : l’intelligence artificielle moderne coûte une fortune monumentale, et chaque nouveau palier technologique transforme cette facture en précipice.

Geoffrey Hinton, parrain de l'IA, affirme que les géants de la technologie ne peuvent tirer profit de leurs investissements astronomiques que si la main-d'œuvre humaine est remplacée

 Les actions Nvidia chutent de 4 % après l'annonce que Meta utilisera les unités de traitement de tenseur (TPU) de Google, une puce spécialisée hautement efficace pour l'IA, dans ses centres de données en 2027

 L'avance d'OpenAI sur les autres entreprises d'IA a largement disparu après la sortie de Claude d'Anthropic, Gemini de Google, Grok de X, ainsi que Llama de Meta, selon un rapport sur l'état de l'IA

Source : Interview de Geoffrey Hinton accordée à Business Insider

Entrevue avec Yoshua Bengio par Les Sceptiques du Québec

On y explore les promesses et les pièges de la révolution en cours. Ce dimanche, le chercheur montréalais Yoshua Bengio parle avec notre chroniqueur de ses regrets, mais aussi de son espoir de rendre un jour les systèmes d’IA plus sûrs.
On va devoir bientôt développer la psychorobotique telle qu'imaginée par Asimov. Et, peut-être, s'inspirer de ses lois de la robotique:
"Alors que les prochaines décennies vont voir les avancées de l’IA et de la robotique, quelles barrières ou mesures juridiques mettre en place pour s’assurer que ces entités ne fassent pas de mal aux humains ? En 1942, l’écrivain américain d’origine russe Isaac Asimov (1920-1992) a présenté ses célèbres Trois lois de la robotique dans une nouvelle intitulée Cercle vicieux (Runaround) – ou Cycle fermé – qui met en scène les interactions d’un robot intelligent avec les humains. Les Trois lois sont les suivantes : (1) un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ; (2) un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ; (3) un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. Par la suite, Asimov a écrit beaucoup d’histoires montrant les conséquences inattendues que pouvaient avoir ces trois lois simples.
Plus tard, il ajouta une autre loi : « un robot ne peut pas faire de mal à l’humanité, ni, par son inaction, permettre que l’humanité soit blessée. » Ces lois ont influencé non seulement les auteurs de science-fiction, mais aussi les experts en intelligence artificielle. Après avoir découvert les lois d’Asimov, le chercheur en IA Marvin Minsky (1927-2016) indiqua qu’il « ne cessa jamais de s’interroger sur la manière dont pouvaient fonctionner les esprits…" 

Yann Le Cun, le 15 janvier 2026 : « Pourquoi je quitte Meta pour créer ma start-up d’IA »

Avec journalistes "le monde"

L’ex-directeur de la recherche fondamentale en intelligence artificielle de Meta justifie le lancement de sa start-up, spécialisée dans le monde physique, par ses divergences avec le groupe américain, et prédit une « troisième révolution de l’IA ».
A 65 ans, Yann Le Cun, le ponte de l’intelligence artificielle (IA) aux yeux clairs pétillants derrière ses éternelles lunettes Ray-Ban Wayfarer, veut ouvrir un nouveau chapitre de sa vie. Après avoir posé, comme chercheur, les bases de l’IA moderne – ce qui lui a valu de recevoir le prestigieux prix Turing 2018, avec deux confrères, Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton –, puis dirigé pendant plus de douze ans la recherche fondamentale en IA chez Meta, le Français lance sa start-up, baptisée « AMI », pour Advanced Machine Intelligence, qu’il rêve en « entreprise mondiale ».

Il réserve les détails de sa levée de fonds (estimée à 500 millions d’euros) et le casting de son équipe à des annonces courant février. On sait seulement que son siège sera à Paris et qu’il a déjà enrôlé l’ex-directeur de Meta France Laurent Solly, ainsi qu’Alex LeBrun, fondateur de la start-up d’IA spécialisée dans la santé Nabla. L’entrepreneur, installé en partie à New York, ambitionne qu’AMI contribue à ouvrir une nouvelle phase de l’IA : « Après l’apprentissage profond il y a douze ans, puis l’avènement des chatbots comme ChatGPT ou Gemini, il y a trois ans, il va y avoir une troisième révolution : celle des IA qui comprennent le monde réel, le monde physique », a-t-il assuré, jeudi 15 janvier, lors d’une rencontre à Paris avec quelques journalistes, promettant des applications dans l’industrie ou la robotique. Le chercheur ne cache pas que son départ de Meta est lié à des désaccords stratégiques.

Autre entrevue le 13 janvier 2026

C’est au restaurant étoilé Pavyllon, à deux pas du Grand Palais parisien, que Yann LeCun s’est confié au Financial Times dans le cadre de sa série « Lunch with the FT ».

Attablé pour un déjeuner de trois heures et demie, le chercheur français de 64 ans a expliqué sans détour pourquoi il a décidé de quitter Meta après onze ans de bons et loyaux services. « Rester est devenu politiquement difficile », confie-t-il. Une litote pour décrire une rupture qui révèle les tensions croissantes au sein du groupe californien sur la direction à prendre en matière d’IA.

LLM : un modèle en fin de course

Au cœur du conflit : une divergence fondamentale sur l’avenir technologique de l’intelligence artificielle. LeCun, prix Turing et figure tutélaire du deep learning, ne croit pas aux grands modèles de langage comme voie vers la super-intelligence. Pour lui, les LLM sont utiles mais limités, contraints par le langage seul. Une conviction qui détonne dans une Silicon Valley obsédée par cette approche.

Lire aussi : IA générative : Wikipedia fait enfin passer les chatbots à la caisse
Le problème ? Meta vient justement de miser massivement sur cette technologie. Après le lancement de ChatGPT fin 2022, l’entreprise a réorganisé ses équipes autour de Llama, son propre modèle de langage.

Le tournant s’opère véritablement en 2025. Mark Zuckerberg, déçu par les performances de Llama 4, décide de frapper fort. Il investit 15 milliards $ dans Scale AI et embauche son patron, Alexandr Wang, 28 ans, pour diriger le nouveau laboratoire de recherche TBD Lab. Une décision qui place ce jeune entrepreneur à la tête de l’unité de recherche en IA de Meta. Ses nouvelles recrues, attirées à coups de primes pouvant atteindre 100 millions $, sont selon LeCun « complètement convaincues par les LLM ».  LeCun se retrouve ainsi managé par quelqu’un qu’il qualifie de « jeune » et « inexpérimenté ». S’il reconnaît que Alexandr Wang apprend vite, il souligne son manque d’expérience en matière de recherche fondamentale. « On ne dit pas à un chercheur ce qu’il doit faire. On ne dit certainement pas à un chercheur comme moi ce qu’il doit faire », lance-t-il.
La communication se dégrade également avec l'unité IA générative. LeCun regrette que ses équipes proposent des innovations ambitieuses quand la direction ne retient que des projets éprouvés et sans risque. Une prudence qui, selon lui, conduit l'entreprise à prendre du retard.

Une organisation bouleversée

Plus profondément, LeCun refuse de renier ses convictions scientifiques. Certains chez Meta aimeraient qu'il cesse de proclamer publiquement que les LLM constituent une impasse pour atteindre la super-intelligence. Mais le chercheur ne transige pas : « Je ne vais pas changer d'avis parce qu'un type pense que j'ai tort. Je n'ai pas tort. Mon intégrité de scientifique ne me le permet pas. »

Cette inflexibilité s'explique aussi par sa vision alternative : les modèles du monde, ou world models, qu'il développe depuis des années. Cette architecture baptisée V-JEPA vise à donner aux machines une compréhension du monde physique en apprenant à partir de vidéos, et non uniquement du langage. Une approche qui intéresse davantage l'industrie lourde et l'aéronautique que les réseaux sociaux.

Cap vers AMI Labs

LeCun prépare désormais son prochain chapitre : Advanced Machine Intelligence Labs, une start-up qui incarnera sa vision de l'intelligence artificielle avancée. Il y occupera le poste de président exécutif, laissant la direction opérationnelle à Alex LeBrun, cofondateur de la startup française Nabla. Une structure qui lui permettra de conserver la liberté de recherche qu'il chérissait chez Meta. Pourquoi ne doit pas prendre le rôle de CEO ?  « Je suis à la fois trop désorganisé et trop vieux ! » confie Yann LeCun.

Lire aussi : On en sait (un peu) plus sur la future startup de Yann LeCun
Le chercheur promet des premières versions de sa technologie dans les douze mois. Pas encore la super-intelligence, mais un chemin vers celle-ci. Emmanuel Macron lui-même aurait manifesté sa satisfaction de voir cette nouvelle entreprise mondiale maintenir des liens étroits avec la France.

Après des décennies passées à façonner l'IA moderne, Yann LeCun entame donc un nouveau cycle. Son ambition ? Augmenter la quantité d'intelligence dans le monde. « L'intelligence, c'est vraiment ce dont nous devrions avoir davantage », affirme-t-il.

 Références

https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/379290/Trois-ans-apres-avoir-ete-pris-au-depourvu-par-ChatGPT-Gemini-est-il-en-train-de-gagner-Des-benchmarsks-et-des-chercheurs-suggerent-que-Gemini-a-ce-qu-il-faut-pour-detroner-OpenAI-et-tous-ses-concurrents/

https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/378248/Geoffrey-Hinton-le-parrain-de-l-IA-affirme-que-Google-commence-a-depasser-OpenAI-Je-pense-que-Google-va-gagner/

https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/16/yann-le-cun-pourquoi-je-quitte-meta-pour-creer-ma-start-up-d-ia_6662500_3234.html

https://www.silicon.fr/business-1367/yann-lecun-quitte-meta-les-coulisses-dune-rupture-225126